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#Reflexions 80km/h et radars mobiles privés

Aujourd'hui, on apprend dans les actualités que les sociétés privées ont le feu vert (en tout cas, du côté de la Normandie) pour verbaliser les excès de vitesse en voiture banalisée. Avec l'arrivée prochaine de l'abaissement de la limitation de vitesse à 80km/h sur les routes nationales, cela me laisse perplexe…

Quand on lit les commentaires, on pourrait croire que ce qui gêne le plus les usagers de la route, ce sont surtout les société privées qui vont se faire du fric sur notre dos. (Bon, en réalité, je pense plutôt que c'est une façon d'exprimer l'appréhension de ne plus pouvoir pousser un tant soit peu sur le champignon pour gagner quelques précieux mètres dans la circulation.) Mais du coup j'ai une idée ! Comme toutes les sociétés, si elles ne font pas bénéfices, elles coulent, donc ça voudra dire que le système ne fonctionne pas. Et pour qu'elles coulent, il faut que… que… que nous respections le code de la route. Eh oui, roulez à la bonne vitesse, et vous ferez couler ces sociétés (c'est peut-être un raccourci, mais ça me semble quand même logique). Notez que cette réflexion est valable pour les radars classiques. Ils ne pompent votre fric que si vous leur donnez l'occasion de vous en prendre. Bon, rassurez-vous, moi aussi il m'arrive de faire des excès, comme presque tout le monde, je pense. Donc moi aussi, ça m'embête un peu d'avoir des sociétés privées qui nous surveillent + le passage des nationales à 80km/h. Soyons juste honnêtes envers nous-même 2 minutes :)

Voici ce que j'ai commenté sous une publication facebook de RTL - Les auditeurs ont la parole. Et vu que 20 minutes en parlait aussi, quelques posts plus loin, j'ai tout bonnement copié-collé ce même commentaire.

J'aimerais ajouter quelques précisions sur mon blog. Tout d'abord, je dois quand même reconnaître que, moi aussi, je trouve cela très dangereux de confier cette tâche à des sociétés privées. Car dans les commentaires que l'on relève, il y a une part de vérité non négligeable : l'objectif des sociétés, quelles qu'elles soient, est de réaliser des bénéfices, pour pouvoir payer les salaires des employés (qui, rappelons-le, ont tous ou presque, une famille à nourrir), financer leurs prêts, le matériel et les biens mis à disposition, et investir dans l'innovation ou l'agrandissement de leur structure. Et c'est là que ça cloche, puisque ce besoin de rentabilité implique que les salariés de ces sociétés privées auront des objectifs. Donc :

  • Soit ils les remplissent, c'est bien pour eux, mais ça veut aussi dire qu'ils n'ont probablement pas lésiné sur les excès de zèle.
  • Soit ils les remplissent, mais en ayant recours à des détournements (cf. les faux PV de stationnement à Paris)
  • Soit ils ne les remplissent pas, au quel cas, il y aura des licenciements, et tout ce qui va avec.

On est donc dans un cas où, soit les automobilistes doivent s'en tenir aux règles, et c'est très bien parce que ça limitera drastiquement les dangers sur la route (qui est, rappelons-le, un espace de partage, certains l'oublient trop souvent) au risque que ces sociétés ne fonctionnent pas comme l'espère le gouvernement, soit les français vont accepter de se faire verbaliser un peu plus, avec un impact probable sur le pouvoir d'achat moyen.

Mais là encore, soyons un peu utopistes, et imaginons que les Français décident de se tenir à carreau. Cela signifie aussi que le gouvernement, voyant que le système fonctionne, pourrait, hypothétiquement, continuer d'imposer d'autres mesures un peu plus répressives, sur les limitations de vitesse et avoir un vrai contrôle sur le comportement des usagers de la route. C'est à double tranchant, car on ne peut se sentir libre que si on accepte sans broncher les règles établies, au quel cas, tout ira bien dans le meilleur des monde, mais cela peut mener à une vraie frustration des usagers de la route qui ne verrons peut-être plus d'intérêt à rouler en voiture, si c'est pour qu'au moindre écart, on leur ponctionne un peu plus d'argent. Si le gouvernement veut s'assurer que le parc automobile français tourne bien, ce n'est peut-être pas la meilleure solution…

Et puisqu'on parle de frustration, j'ai pu lire quelques commentaires plus ou moins menançant sur Facebook, à base de "il y a des voitures qui risquent d'être brûlées" et autres "le mec qui fait ce métier n'aura pas intérêt à habiter à côté de chez moi". Et ça, c'est triste à dire, mais beaucoup de gens sont capables d'en arriver là pour faire entendre leur protestation. La violence plutôt que le dialogue. Et encore une fois, c'est contre-productif, car on a des salariés qui vont craindre pour leur peau (burn out, tout ça tout ça…) et des sociétés qui devront renouveller régulièrement leur flotte automobile (#FautFairePlusDeFric). Est-ce une si bonne chose ?

Au final, je me dis qu'il aurait mieux vallu confier ça à des associations à but non lucratif, plutôt qu'à des sociétés. Les gens auraient eu moins l'impression qu'on leur pique leur argent. Du moins, ils n'auraient pas pu se servir de cet argument pour débattre sur la légitimité de cette mesure (cela me rappelle d'ailleurs qu'il me semblait, un jour, avoir entendu Emmanuel Macron dire que certaines entreprises, comme les cliniques par exemple, pourraient avoir un autre objectif que celui de faire du profit… ne serait-ce pas, là, une piste, un début, que celui de créer des entreprises-verbalisantes, dont le but n'est pas de faire du chiffre ?)

Enfin, deux choses :

  1. Si on élargit un peu le débat, on pourrait imaginer que la verbalisation des excès de vitesse ne soit plus le seul type de procès verbal intenté à la population par des entreprises privées. C'est vrai, pourquoi ne pas privatiser toute la justice, tant qu'on y est ? Si ce modèle fonctionne, demain, on pourrait avoir des salariés en civil dans la rue qui se "promènerait" et qui colleraient une amende au moindre type qui vient de jeter un papier par terre ou de traverser en dehors des passages pour piétons. Ça fait appliquer la loi, certes, mais c'est ultra-répressif et à deux doigt de la dictature qui contrôle les moindres faits et gestes de ses citoyens. C'est assez dystopique et poussé comme réflexion, et je ne pense pas qu'on en arrivera là un jour, mais ce genre de décisions n'est pas à mettre entre les mains de n'importe quel fêlé qui se fait élire au pouvoir.
  2. Il m'est aussi difficile de nier une certaine évidence entre le feu vert qui a été donné aujourd'hui et l'arrivé prochaine des limitations de vitesse à 80 km/h sur les routes nationales, qui, pour moi, sont une aberration totale. D'abord parce que réduire de 10 km/h la vitesse maximale ne fera pas baisser la mortalité. Des accidents graves et mortels arrivent à des vitesses bien inférieures. Je ne suis pas de nature complotiste du tout, mais force est de constater qu'il s'agit là d'une hypocrisie gouvernementale non assumée de vouloir remplir un peu les caisses de l'État. Car sur ce genre de route, la personne qui fera un excès de vitesse ne va pas rouler à 85 ou 90 km/h mais plutôt à 100 au moins. Donc, cette opération, qui consiste à abaisser la limite de vitesse autorisée, revient juste à faire une augmentation de la différence entre la vitesse constatée et la limitation, car en France, plus on roule vite (par paliers de 10 km/h), plus on paye (et c'est normal). En roulant à 100, on passe d'une différence de 10 km/h à 20. L'amende est plus salée, forcément… Notez aussi que beaucoup d'habitués de la route vont se laisser avoir par un manque de concentration certain. Habitués à rouler à 90, les premiers temps, beaucoup d'entre nous allons nous laisser avoir par la vitesse, tant que l'habitude des 80 n'est pas ancrée en nous. Jusqu'au jour où l'amende tombera.

Précisons tout de même qu'Emmanuel Macron a promis que, dans 2 ans, si la mesure ne permet pas d'abaisser le nombre de morts sur les routes (ce que semblait dire un rapport un peu alarmant de l'association 40 millions d'automobilistes d'ailleurs), la limitation reviendra à 90. Je pense être en droit de penser que dans 2 ans, il a estimé qu'il aurait eu assez de sous pour renflouer un peu les caisses de l'État…

Enfin, comme je n'aime pas critiquer sans être un peu constructif, je propose une chose : il y a régulièrement des spots plus ou moins choquant sur la sécurité routière à la télé. Je ne sais pas si le fait de faire appel au pathos a démontré leur efficacité, mais j'aurais plutôt tendance à penser que cela installe un climat anxiogène et d'insécurité. À côté de cela, on a des supers boîtes de comm' qui savent très bien nous mettre des slogans en tête (exemple : McDo, Coca Cola, ou encore si je vous dit "saviez-vous qu'en moyenne ils étaient moins chers chez…", vous répondez quoi ?) Du coup, pourquoi ne pas faire appel à leurs services et leur créativité sans égal pour proposer des spots pédagogiques de sécurité routière ? Les bénéfices seraient multiples :

  • Des messages de sécurité routière qui restent ancrés dans l'esprit des gens de façon positive (avec des règles élémentaires comme l'usage du clignotant, la façon de doubler, la manière de circuler avec des 2 roues, l'alcoolémie à respecter, etc.)
  • Ces messages peuvent constituer des rappels à l'ordre pour les usagers de la route qui auraient pu oublier certaines règles du code de la route (il y en a tellement que parfois, on peut en confondre, en oublier, …)
  • Et cela peut même permettre aux enfants d'apprendre ces règles, si les spots sont diffusés aux heures de grande écoute, et les imprimer durablement dans leur mémoire, pour quand ils passeront le code de la route.

Je ne suis pas non plus contre repasser le code de la route toutes les X années (avec X à définir entre un nombre d'années pas trop grand pour que ça soit efficace et pas trop faible pour que les français n'aient pas l'impression qu'on leur pique, encore une fois, leur fric). Ça ferait un bon rappel à l'ordre pour certains (surtout quand je continue de voir des gens qui pensent être aptes à conduire alors qu'ils ont trop bu… comme je le disais l'autre jour, parfois l'alcool au volant fait pousser des ailes, mais pas aux bonnes personnes…) et comme nul n'est censé ignorer la loi, autant qu'on la connaisse bien.

AJOUTÉ LE 23 AVRIL 2018 Je me pose une autre question : imaginons qu'un véhicule banalisé se fasse doubler. Bien que cela soit interdit par le code de la route, rien ne l'empêche, en pratique, d'accélérer pour pousser l'autre véhicule à la faute… Jusqu'à quel point serons-nous en mesure de contester les amendes ?

AJOUTÉ LE 5 MAI 2018 Ceci est une réponse au sujet "Les radios sont-elles obligées de diffuser de la propagande ?" sur le forum radioactu.com. Ce sujet concerne la diffusion de spots pubs anxiogènes sur la bande FM avant l'application de la mise en place des 80km/h.

Personnellement, je ne suis pas surpris de la diffusion de ces messages publicitaires. Mais c'est la forme qui me dérange. Les faux témoignages du type "s'il avait roulé à 10 km/h de moins, il aurait pu voir la voiture et ne pas avoir cet accident." (Attention, je ne dis pas que ça n'est jamais arrivé, je dis juste que les témoignages dans la publicité sont factices mais peut-être inspirés de cas réels, et surtout là pour envoyer un message percutant).

Précisons qu'à 80km/h, on roule à 22.2m/s et à 90km/h, on roule à 25m/s.

Sachant qu'il faut environ 2 secondes pour s'arrêter (par temps sec), on ne gagne qu'une différence de 6 mètres. 6 mètres, quand on voit un véhicule au dernier moment, c'est rare que ça fasse la différence, hélas.

Bref, encore une fois, on veut "choquer" les esprits pour sensibiliser et dire "si on baisse la vitesse de 10 km/h" (sur un seul type de route, soit dit en passant), c'est pour que vous n'ayez pas à vivre ce genre de situation anxiogène et traumatisant.

Je peux encore parler longtemps de cette mesure contre laquelle je suis (comme un bon nombre de français au passage), mais j'ai déjà tout dit ici → https://c-mh.fr/posts/80km-h-et-radars-mobiles-prives

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