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#Reflexions L'alcool, cette merde que tout le monde aime

Je viens de visionner le documentaire de Cash Investigation "Alcool, la stratégie pour nous faire boire". Je ne suis pas (ou plutôt je ne suis plus) un grand fan d'Élise Lucet mais j'ai un combat dont je n'ai jamais parlé sur ce blog et qui pourtant est de l'ordre de la conviction profonde chez moi. Ce reportage est donc venu apporter un peu d'eau à mon moulin (si, l'eau, vous savez, ce truc qui trouble le Pastis). Et mon combat est le suivant : non, tu n'as pas besoin de boire pour t'intégrer socialement. Et j'espère que cet article aidera certains lecteurs à s'affirmer face à l'injonction à consommer de l'alcool et d'autres à reconsidérer leur addiction. #MonVerreMonChoix

Cette phrase, « Tu n'as pas besoin de boire pour t'intégrer socialement », peut sembler simple. Simpliste, même. Et pourtant, elle est loin d'être anodine, loin de faire partie de l'inconscient collectif. Non. Dans l'inconscient collectif, c'est l'inverse, on considère l'alcool comme un fédérateur de liens sociaux bien plus fort que le tabac, du temps où les lobbys du tabacs vendaient les bienfaits de la cigarette.

L'alcool est tellement ancré dans notre société qu'il a même droit à ses emojis 🍷🍾 et que certains rites sont obligatoires : faire sauter le champagne pour fêter une occasion particulière par exemple. Mais s'il n'y avait que ça…

On va faire un point honnêteté tout de suite : j'écris mon article de façon parfaitement indépendante. Je ne suis pas payé par une asso ou un lobby anti-alcool et si c'était le cas, je préférerais le dire. J'ai déjà goûté plusieurs alcools différents, histoire de ne pas mourir idiot. Aujourd'hui, les seules boissons alcoolisées que j'apprécie sont le cidre et les kirs bretons. Le reste, je n'aime pas. Et je trouve les vins blancs moëlleux pas si dégueu. Je n'ai jamais été ni "chaud", ni complètement bourré. J'ai de l'alcool dans mes placards pour pouvoir recevoir du monde à la maison sans passer pour un rabat-joie de service (on va y revenir). Et mon combat (relativement pacifique je dois dire… c'est plus long mais diablement efficace de savoir discuter posément) a commencé à cause… ou grâce à mon émétophobie, que je soigne et sur laquelle j'écris un bouquin (qui prendra sans doûte des années à sortir) pour aider les personnes qui ont la même peur que moi.

Je vous arrête tout de suite : vous allez dire « pff… encore un qui va nous faire la morale avec son balai dans le cul ». Oui, c'est bien possible que vous le ressentiez comme ça. Je vous demanderais de bien vouloir mettre votre propre jugement, votre propre morale et votre mauvaise foi de côté le temps de la lecture de cet article, gardez tous vos arguments dans un coin de votre tête et on en rediscute en commentaire si vous le voulez bien.

Aujourd'hui, j'ai 28 ans quand j'écris cet article. Il y a environ 12 ans (donc, j'en avais 16), quand on me proposait de l'alcool à boire, je refusais catégoriquement en disant que je n'aimais pas cela. Les occasions étaient assez rares, j'étais encore mineur et je sortais peu. Non pas que les occasions manquaient, mais j'avais d'autres occupations (je préfère le dire, avant de me reprocher que j'étais déjà un associal, ce qui n'était pas le cas). Et pourtant, on me disait déjà "Rrrrohhh ! T'es encore jeune, tu verras, tu aimeras ça plus tard." J'ai continué à entendre ce refrain pendant plusieurs années, à chaque repas de famille, à chaque soirée, à chaque fête, à chaque occasion où l'alcool peut être présent sur la table. Aujourd'hui, mes proches se sont résignés à m'en proposer. Soit ils le font en me chariant (et c'est franchement lourd), soit ils le font par pure politesse parce qu'ils en ont proposé à tout le monde (ou alors ils disent le fameux "je ne t'en propose pas ?")

Mais pourquoi diable je n'aime pas ça ? Cette question, on me l'a déjà posée aussi. Et je vais répondre dans cet article, une bonne fois pour toutes.

  • J'ai du mal avec le fait que l'on rende sexy et fun une drogue. Oui, l'alcool est une drogue autorisée, au même titre que le tabac. Avec toutes les conséquences sur la santé que cela peut avoir, qu'il s'agisse des conséquences directes, des problèmes d'addiction ou de sevrage. Les publicités autorisées autour de l'alcool sont toujours sympa. Moi-même, je chante parfois la pub du cidre que l'on entendait à la radio il y a quelques années, parce que je trouve la chanson rigolote. Et dans l'inconscient collectif, boire de l'alcool, c'est cool. Ça permet de s'identifier à ses proches, de ressentir un sentiment d'appartenance et de plaisir. Il y a donc déjà un gros problème à considérer la consommation d'alcool comme normale alors qu'elle peut avoir des conséquences dramatiques.

  • L'alcool tue. C'est la deuxième cause de cancer aujourd'hui. Mais là, j'ai envie de dire, si ça concerne uniquement la santé de la personne alcoolique, c'est pas si grave, tant pis pour elle…

  • L'alcool tue. … sauf qu'il peut y avoir beaucoup de conséquence sur son entourage ou sur des personnes qui n'ont rien demandé, comme sur la route par exemple. Et on a beau répéter "L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération", l'effet d'habituation a eu raison de l'efficacité du slogan (comme tous les slogans martelés trop longtemps), ça se saurait si la consommation d'alcool avait baissé grâce à ça… Quand je dis que l'alcool tue sur la route, gardez bien en tête que les personnes tuées sur la route ne sont pas forcément celles qui ont bu…

  • L'alcool tue. … et bon, il ne s'agit pas que de la route. L'alcool est très souvent catalyseur de violences conjugales et familiales aussi. La consommation excessive d'alcool peut rendre violent avec son entourage, tout comme elle peut complètement isoler socialement. Ça fait rêver n'est-ce pas ? Je vous ressers un verre ?

  • Boh, c'est pas un petit verre qui va te faire du mal. C'est vrai. Un verre de temps en temps, il y a probablement peu de conséquences, et en soi je n'ai rien contre les gens qui ont ce genre de consommation, histoire d'apprécier de temps en temps une boisson pour son goût (bien plus que pour les effets de l'ivresse). Mais on nous a longtemps vendu le fait que boire un verre de rouge par jour serait bon pour la santé. C'est tout simplement faux, et ça rappelle vaguement les lobbys du tabac qui achetaient des études pour que l'on considère le tabac comme un produit sans danger. On sait aujourd'hui que c'est faux, ça aussi.

  • Meuh non, allez, goûte au moins. Peut-être allez-vous l'apprendre, mais l'éthanol (la molécule de l'alcool) est un toxique pour le foie. Quand il y en a peu, le foie arrive à s'en débarrasser, mais ce processus n'est pas simple, puisque la seule façon qu'il a de le faire, c'est de le métaboliser en éthanal, qui est encore plus toxique pour le corps. Le corps doit l'éliminer le plus vite possible… et quand il y en a trop, votre corps le fait de toutes les façons que vous connaissez sans doûte déjà : gueule de bois, vomissements et diarrhées, etc. Et quand il y en a trop, c'est le coma éthylique. Vous avez tout à fait le droit de refuser poliment de boire de l'alcool ou de boire le verre de trop. Conseil : entre deux verre d'alcool, si vous avez vraiment envie d'en boire, forcez-vous à boire un verre d'eau, ça vous aidera à éliminer et à moins avoir soif… et donc à avoir une consommation plus raisonnable. Et ça ne fera pas de vous quelqu'un de chiant et d'ennuyeux (arrêtez avec ce cliché à la con).

  • Mais pourtant l'alcool, y'a plein de goûts différents, y'en a forcément un que tu vas aimer. J'ai rarement vu autant de volonté de convaincre envers les gens qui n'aiment pas le fromage, les champignons, les fruits, les pâtisseries, la viande… On a tout à fait droit de ne pas aimer une catégorie entière d'aliments. Personnellement, ce que je n'aime pas dans l'alcool, c'est la sensation de chaleur et d'amertume dans le fond de la gorge. Les goûts et les couleurs… On aurait presque l'impression que la personne qui propose a peur de se sentir rejetée elle-même si on ne fait pas comme elle : boire de l'alcool (il faut dire que ladite personne s'est peut-être sentie elle-même acceptée grâce à ça…)

  • Moi ? C'est bon, j'ai quasiment rien bu, et puis je ne suis pas alcoolique, je bois juste ça… et puis ça… bon ok, et puis ça aussi… Ça fait de moi un alcoolique ? L'alcoolisme démarre bien plus tôt que vous ne le pensez. Je ne parle pas d'âge mais de fréquence, bien que le fait que la première consommation qui tend à se faire de plus en plus jeune est un problème aussi. On donne des chiffres du style "si on boit 2 verres par jour", on est alcoolique, histoire d'avoir des repères simples. En réalité, on peut considérer que l'alcoolisme démarre quand l'addiction est là, même sans s'en rendre compte. D'ailleurs, c'est normal que ça soit inconscient, car on ne s'en rend compte que quand on va trop loin… L'alcoolisme, c'est un comportement qui consiste à vouloir absolument boire une bière le soir en rentrant chez soi, même une seule (alors que ça n'hydrate pas du tout), à vouloir absolument ramener une bouteille à une soirée (dans l'espoir de s'y servir), de considérer qu'on ne peut pas s'amuser à une soirée sans alcool, de sortir la bouteille chaque fois qu'on rend visite à son voisin. Comme le tabac, on ne s'en rend pas compte, ça devient un automatisme de la vie de tous les jours. Spoiler alert : on peut très bien s'amuser et converser avec son prochain sans boire. Vous ne devez pas en avoir honte. Vous ne devez pas avoir honte de qui vous êtes (et on sait très bien que l'alcool, ça désinhibe…) Et d'ailleurs, comme on dit, si vous avez besoin de boire pour vous amuser à une soirée, c'est que vous n'êtes pas à la bonne soirée. Mais ce qui est triste dans tout ça, c'est que l'alcool est souvent considéré comme un refuge pour beaucoup de gens qui "noient leur problèmes dans l'alcool" comme le dit l'expression consacrée. Ces gens auraient plutôt besoin de se faire aider plutôt que de se détruire la santé, mais hélas… l'alcool a trop bonne réputation, c'est un accès facile dans lequel les gens s'enferment pour fuire leurs problèmes. Et personnellement, je trouve ça triste. C'est d'ailleurs souvent dans cet argument que la mauvaise foi s'exerce : l'alcool c'est "chez les autres", "moi je suis prudent", "mais non, l'autre soir, j'étais pas bourré, j'étais peut-être un peu chaud, mais ça allait", et j'en passe et des meilleures.

  • Pff… tu bois pas ? T'es pas drôle. On y vient. Les gens qui ne boivent pas sont ennuyeux. Il y a une espèce d'injonction à absolument boire pour s'intégrer socialement. Mais au fait… qui a fixé cette règle que beaucoup de gens s'obstinent à vouloir suivre à tout prix ? N'ayez pas honte de ne pas vouloir boire d'alcool. Si beaucoup de gens se mettent à assumer cette posture (comme je l'ai fait et je continue de le faire), ça pourrait probablement changer la donne. Alors, je ne vous le cache pas, ça va être très chiant. Surtout, si vous êtes en quête d'identification (ce qui est le cas de beaucoup d'ados) et d'appartenance à un groupe. Affirmez votre posture avec force et conviction, montrez que si l'on vous charrie sur votre refus de boire de l'alcool, ça ne vous atteint pas (ce qui, d'ailleurs, devrait être la norme). La partie chiante de cette posture va durer quelques années, et il se peut que vous cédiez à la pression sociale (car oui, c'est une vraie pression sociale). Ce n'est pas grave, c'est pas une fin en soi tant que vous gardez votre objectif en tête. Mais vous verrez, après quelques années, vous pourrez toujours être intégré socialement à votre groupe et on acceptera sans problème le fait que vous ne buvez pas (aujourd'hui, c'est mon cas et j'en suis fier). En ne buvant pas, vous évitez les gueules de bois, les dangers sur votre santé et possiblement des choses bien pires. Si l'on vous force à boire ou que l'on vous met la pression, on met directement en danger votre propre consentement. C'est important que vous gardiez les idées claires le plus possible. Gardez votre intégrité. Ne vous laissez pas influencer si facilement, vous valez mieux que ça.

Tout ce que je viens de dire ici, c'est du vécu. Pas par moi, vous l'aurez compris, mais j'ai eu sous les yeux presque tous les comportements que je décris ci-contre, certains sont traumatisants pour toute une vie. Et pourtant, je ne peux pas en vouloir aux gens qui incitent les autres à boire, bien que ça soit difficile, car ils ne se rendent pas compte du potentiel danger qu'ils représentent. En effet, il y a tous les jours peut-être, une personne qui va inciter un néophyte à boire. Ce néophyte va se rendre compte qu'il aime l'alcool et va plus tard adopter le même genre de comportement. Et parmi ces néophytes, certains vont devenir des dangers pour eux-même ou leur entourage.

Quand je pense qu'il y en a qui vont en soirée juste pour vivre les sensations de l'ivresse (et qui l'auront oublié le lendemain en subissant un affreux mal de crâne)… leur vie doit vraiment être bien triste pour vivre cela. Ouais, là, clairement je porte un jugement, mais je suis lucide, je sais bien que je ne vais pas refaire le monde avec un petit article de blog. Je ne ferai pas tomber à moi seul les producteurs de vin et les lobbys qui vont avec. Je ne vais pas remettre en cause des siècles de consommation d'alcool. Comme je l'ai dit, je n'ai rien contre la consommation absolument responsable, mais j'ai l'impression qu'elle est bien trop rare aujourd'hui. L'alcool, c'est comme tout, il ne faut pas en abuser. Sauf qu'avec l'alcool, c'est plus compliqué à cause de son côté addictif…

Je ne vais pas non plus vous dire quoi faire. Vous êtes grands et (a priori) responsables. Si vous pensez que votre consommation d'alcool est problématique après avoir lu cet article, j'aurai atteint mon but. Si vous pensez adopter la même posture que moi, j'aurai aussi atteint mon but. Mais soyons clairs : je ne cherche pas à monter une armée de prosélytes anti-alcool. Simplement à mettre en lumière que chacun a droit d'avoir sa propre consommation de boissons (alcool ou non) et que le refus ne doit pas être vu comme un motif valable de rejet social. Et que si vous voulez boire plus que de raison, vous le faites en engageant votre responsabilité d'adopter des comportements dangereux pour autrui et en reconnaissant que votre addiction est problématique.

Une dernière chose, si vous avez besoin d'aide, ça se passe ici : https://www.alcooliques-anonymes.fr/alcool-besoin-d-aide/. Souvenez-vous que reconnaître que l'on a besoin d'aide, ce n'est pas une faiblesse, mais une force qui nous pousse à sortir de la merde dans laquelle on se trouve.

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À propos de moi

Tu veux ma photo ? Je sais, j'ai un nom un peu long mais contrairement à ce que tout le monde peut croire, il est très facilement prononçable : Christopher Machicoane-Hurtaud… (vous pouvez m'appeler par mon numéronyme C26d si ça vous chante). C'est pour ça que j'ai choisi c‑mh.fr, c'était plus court. Je suis né le 6 novembre 1992, un jour où, d'après Wikipedia, il ne s'est pas passé grand chose d'exceptionnel ; et je vis dans l'agglomération nantaise. Dans ce blog, vous trouverez plein de trucs qui pourront parler de radio (ma première passion), de musique (mon autre première passion), de web, et quelques réflexions sur l'actu de temps à autres. Un peu de tout, en somme, mais pas encore de licornes arc-en-ciel ; mais j'y songe…

Pour me contacter, envoyer un mail à christophermh44 [at] gmail.com