En continuant à naviguer sur mon site, vous consentez à ce que j'utilise des cookies pour collecter les statistiques de visites. En savoir plus

#Reflexions Les accords ont une âme

Depuis la nuit des temps, l'Homme nourrit sa soif d'émotions avec la musique. Pas seulement, mais cela représente une majeure partie de la culture des peuples, quels qu'ils soient. Chaque musique composée raconte une histoire. C'est, au demeurant, fascinant de constater à quel point notre esprit est puissant : il arrive à imaginer une mélodie, qui sort plus ou moins de nulle part, puis une gymnastique du cerveau très complexe va permettre à l'Homme de la travailler afin de réaliser une œuvre complète.

Si nous nous concentrons sur les musiques occidentales, depuis Jean-Sébastien Bach et son « Clavier bien tempéré », notre gamme chromatique se compose de 12 notes ou 12 degrés ou encore 12 demis-tons égaux, puisque nous faisons l'abstraction des « commas », en réunissant les notes intermédiaires de la gamme diatonique (do, ré, mi, fa, sol, la, si constituent les 7 notes de la gamme diatonique de base, avec 5 notes intermédiaires : do♯, mi♭, fa♯, sol♯ et si♭ nées des réunions respectives de ré♭ et do♯, mi♭ et ré♯, sol♭ et fa♯, la♭ et sol♯, si♭ et la♯). Passons un peu sur la théorie puisque Wikipédia explique tout cela déjà très bien, et qu'un article de blog ne suffirait pas à expliquer toute la construction d'une gamme. La seule chose que je souhaite noter pour clore ce paragraphe, c'est que, d'après la règle des commas, les notes de la gamme tempérée sont toutes théoriquement fausses, à l'exception d'une seule, qui se trouve être généralement le la ; malgré tout, l'oreille humaine s'est habituée à ces fausses notes… Notez également que, conventionnellement, le la est fixé à 440Hz, cependant, ce n'est pas toujours le cas, mais je laisserai Wikipedia vous en apprendre plus à ce sujet, ainsi qu'un autre article de blog très intéressant sur l'accordage de cette note.

Voyez donc comment on pourrait faire des pages de théorie mathématique et de standardisation sur le sujet. Mais nous allons rester sur notre gamme chromatique tempérée fausse, et examiner ce qu'est un accord. En règle générale, pour faire un accord, on associe la note fondamentale à sa quinte, puis à une autre note.
Si l'on prend l'exemple du Do Majeur : le Do représente la note fondamentale de l'accord, on y ajoute le Sol, qui constitue la quinte, et le Mi qui fera office de tierce majeure. Derrière ces noms barbares se cache tout simplement la répartition classique des notes sur la gamme (ou "mode"). Ici, l'accord est Majeur, donc nous utiliserons la gamme majeure, un sous-ensemble de la gamme chromatique constitué des notes Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, et Si. Pour notre accord de Do Majeur, le Sol est la 5ème note de notre gamme, elle représente donc la "quinte", et le Mi, 3ème note de l'octave est la "tierce".
Compliquons les choses, et prenons un accord de Mi Mineur. La gamme mineure de Mi ne commence pas à Do, mais bien à Mi. Sans se soucier des différentes gammes mineures qui existent, la quinte associée au Mi est le Si, et la tierce mineure, cette fois-ci, est le Sol. Le mécanisme du changement la note fondamentale (en passant du Do à une autre) s'appelle la transposition.
Pour information, la quinte est souvent utilisée comme seconde note de référence au sein d'une gamme, à partir de laquelle toutes les autres seront calculées, car la quinte sonne harmonieusement avec la fondamentale (la gamme Pythagoricienne était d'ailleurs composée uniquement de quintes). Un dernier exemple. Un Si♭ mineur est composé des notes suivantes : Si♭, Fa (quinte) et Ré♭ (tierce mineure). Si on avait voulu avoir cet accord en majeur, nous aurions obtenu : Si♭, Fa (quinte) et Ré (tierce majeure).
Mineur, majeur… ce ne sont pas les seuls accords qui existent bien qu'ils en constituent la base : il arrive que l'on ajoute une quatrième note à cet accord, voire une cinquième ! Et là on trouve des noms assez compliqués comme, par exemple, La♭7sus4 composé des notes La♭, Ré♭, Sol♭, et Mi♭.

J'ai eu l'idée de rédiger cet article car il y a une question, dont je n'ai toujours pas trouvé la réponse, que je me pose depuis longtemps :

Pourquoi certaines musiques procurent-elles une sensation de joie, d'autres de tristessse, d'autres encore d'angoisse, etc. sans pour autant que le compositeur n'ait besoin d'y associer des paroles pour faire ressentir ces émotions ?


Au départ, j'avais songé à écrire un livre qui aurait traîté de plusieurs sujets concernant la musique, dont l'un d'eux aurait été celui-ci. Cependant, je n'ai pas réussi à trouver assez d'inspiration pour le poursuivre, et je ne souhaitais pas que ce texte en devienne condescendant. Alors un simple article de blog devrait suffire.
Comme je vous le disais, je n'ai pas de réponse, à part peut-être celle-ci : la culture. Depuis des centaines (pour ne pas dire des milliers) d'années, nous serions habitués à ressentir les musiques à tonalité mineures comme étant tristes, déprimantes, négatives de manière générale ; et les musiques à tonalité majeur comme joyeuses, enjouées et positives. Pour parler plus concrètement, imaginez si nous chantions l'arrivée du printemps avec les oiseaux qui chantent et les cœurs qui s'embrasent… sur l'air de Formidable de Stromae, imaginez si nous chantions la mort d'un proche ou un séparation amoureuse sur On est champions de Johnny Hallyday… pas très approprié. Alors qu'est-ce qui fait qu'une musique va être plus adaptée à une émotion précise qu'une autre ?
À défaut de réponse, et pour faire écho au titre de cet article, on va reprendre les accords principaux, et les associer à l'émotion ressentie quand on les entend. Attention à bien distinguer la gamme des accords, et les accords de la tonalité : la gamme permet de construire des accords et de savoir quelles notes on a "le droit" de jouer pour qu'une mélodie sonne harmonieusement, tandis que la tonalité va définir quelles gammes pourront être utilisées sur toute une mélodie pour construire les accords. Par exemple, la suite (bien trop traditionnelle) d'accords La Mineur - Fa - Do - Sol peut être construite sur une tonalité en Do Majeur, ou en La Mineur (dont les deux gammes comprennent exactement les mêmes notes, mais dont la note de base n'est pas la même) ; par ailleurs, il n'est pas rare qu'une chanson comprenne plusieurs tonalités. Exemple : à la fin de I Will Alway Love You, Whitney Houson change de tonalité quand elle reprend "And I… will always love you" après un petit silence.

Nous pouvons donc attribuer une âme, une émotion aux accords d'une mélodie. Et pourquoi ne pas jouer avec ça dans vos prochaines compositions ?
L'accord majeur (Do - Mi - Sol) est généralement synonyme de joie, bonheur et gaieté. Il procure de l'entrain à la mélodie. Attention, cette remarque n'est pas à généraliser, si on reprend l'exemple de Stromae avec Formidable, la suite d'accords de la musique comprend des accords majeurs, et pour autant l'air est très mélancolique. Il en est de même pour les autres types d'accords. Ce qui compte c'est l'enchaînement de ceux-ci, et leur rythme qu'on leur impose. Quant à l'accord mineur, il procure plutôt une sensation de tristesse, de mélancolie, et de désespoir (idée qui vient au moment d'écrire : réaliser un test sur plusieurs personnes, leur jouer plusieurs accords et leur demander d'associer une émotion à l'accord).
Comme je vous le disais tout à l'heure, il existe d'autres types d'accords, en leur ajoutant des notes. Je ne vais pas tous les détailler, car généralement ce sont plutôt les enchaînements des accords qui définissent les émotions, plus que les accords eux-mêmes, mais je vais tout de même m'arrêter sur quelques uns d'entre eux. L'accord de 7ème de dominante fondamental composé comme un accord majeur associé à la septième (ou sensible) mineure, noté Do7 pour la gamme de Do, se compose des notes Do, Mi, Sol et Si♭. Ce genre d'accord crée une attente auprès de la personne qui l'entend. On imagine mal ne rien avoir ensuite. Un très bon exemple est le suivant : après l'introduction du générique de MacGyver, un accord de 7ème est répété 8 fois (sur les croches) avant de lancer la mélodie que tout le monde connaît. De manière générale, les accords de 7ème créent une attente, un suspense, mais à des degrés différents selon la manière dont ils sont joués. Enchaînés à la suite, en revanche, comme souvent dans les musiques blues ou certaines musiques de jazz assez calme, ils procurent plutôt une sensation de bien-être, de détente et de repos. Un dernier : l'utilisation de la neuvième. Utilisé sur un accord majeur (exemple : Do9 = Do + Ré + Mi + Sol), la 9ème apaise le côté joyeux de la mélodie, elle freine un peu les ardeurs. Tandis qu'utilisé sur un accord mineur (Dom9 = Do + Ré + Mi♭ + Sol), il appuie le côté triste et pesant de l'accord (surtout joué en fin de mélodie, en point d'orgue avec un coulé du sol vers le do).

Au final, on se rend bien compte que le choix des accords, et des notes qui les composent ne sont pas anodins, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la suite Lam - Fa - Do - Sol est employée à tout va : elle passe partout, le rythme et les paroles font tout le reste (je vous renvoie à mon article précédent qui traite du sujet). Mais on ne sait toujours pas pourquoi tel ensemble de note procure de la joie ou de la tristesse et pas un autre. Les fréquences sonores induites des mélodies feraient-elle entrer nos émotions en résonance ? Nos émotions possèdent-elle ces fréquences sensibles qui vont les éveiller à l'émission d'une mélodie ?
Enfin, il y a une chose que je n'ai pas traîtée dans cet article, et qui pourtant participe à beaucoup de musiques : le rythme, les percussions. Ils permettent de cadencer la musique et de délimiter les phrases musicales, les "paragraphes" en quelque sorte. Le choix de mettre la grosse caisse sur les 1er et 3ème temps des mesures, la caisse claire sur les 2ème et 4ème temps, le charleston tantôt fermé sur chaque temps et ouvert sur les contre-temps, et la cymbale à chaque début de phrase, n'en est peut-être pas moins anodin. Pourquoi les musiques modernes s'inspirent-elles toutes d'un schéma rythmique tel que celui-ci ?
N'oublions pas non plus que dans cette réflexion, je me limite à toutes les musiques plus ou moins modernes, et occidentales, utilisant des gammes chromatiques tempérées (qui sonnent faux, finalement…), mais il existe des tas d'autres manières de faire de la musique à travers le monde, voire même peut-être des façons d'en jouer que personne n'a encore découvert, surtout avec les technologies émergentes, et les idées farfelues de certains artistes…
La présence de cette âme dans les accords musicaux n'est peut-être pas plus expliquée que la présence d'une âme au fond de nous, et pourtant elles communiquent.

Rédigé le .

Commentaires

comments powered by Disqus