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#Reflexions Les pouvoirs magiques de la question

« Une question commence par une majuscule et se termine par un point d'interrogation ». C'est ce que l'on apprend généralement en primaire. Pour être tout à fait exact, ce que je viens de citer est la définition de la phrase interrogative, plus communément connue sous le nom de question. Mais que se passe-t-il dans nos têtes quand ce simple outil est invoqué dans une conversation ?

Nous savons tous ce qu'est une question, puisqu'il ne se passe pas un jour sans que l'on en fasse usage. Toutefois, le mécanisme même de la question est assez incroyable si l'on se penche un tant soit peu sur ce que la formulation d'une question implique quand elle est usitée. On dit souvent à tort que le rire est le propre de l'Homme, ce qui est faux puisque d'autres animaux sont capables d'éprouver de réelles émotions invitant jusqu'au rire (le cas de certaines espèces de singes, notamment). En revanche, la question pourrait bien être un des propres de l'être humain ; l'être humain n'étant pas caractérisé que par un seul critère propre et considérant que l'on n'a jamais observé un comportement de questionnement verbalisé chez une autre espèce animale (me semble-t-il). L'être humain étant un être de communication, il est donc fondamental d'avoir recours à un mécanisme qui invite à échanger et à apprendre. C'est probablement un des premiers mécanismes de langage qui se sont mis en place du temps où nous étions de simples chasseurs-cueilleurs et où l'on faisait quantité de progrès en matière de communication, puisque le questionnement a certainement aidé à la transmission du savoir des anciens envers les plus jeunes, ce qui a, par voie de conséquence, participé à la survie de l'espèce humaine. Je parle sous le contrôle des personnes spécialistes dans ce domaine, puisque moi-même je suis loin d'être un expert en ce qui concerne nos ancêtres les plus lointains (je ne formule donc ici qu'une simple hypothèse qui me semble toutefois plutôt sensée).

Ainsi, la question se démarque des phrases affirmatives, négatives et exclamatives, en cela qu'elle invite nécessairement au dialogue. Que l'interlocuteur de notre question soit une personne tierce où nous-même, la question ne reste jamais sans réponse, puisque l'absence de réponse est une réponse, en soi (« je ne sais pas », « je ne veux pas te répondre », « tu connais déjà la réponse »). La question rhétorique, particulière par sa forme qui invite à une réponse évidente qu'il n'est pas nécessaire de donner, ne peut s'empêcher de sous-entendre ladite réponse. Par conséquent, la question fait donc systématiquement intervenir deux interlocuteurs (distincts ou non) et est donc la clef de l'échange au sein d'une conversation.

Admettons que nous avons à notre disposition deux personnes qui discutent entre elles. Si l'on devait représenter leur dialogue, il serait construit de la façon suivante :

— Comment vas-tu ?
— Je vais bien, merci.

Ce que le texte ne représente pas ici, c'est un mécanisme fondamental qui donne un réel sens à cet échange. Quand le premier interlocuteur demande au second comment il va, le second va nécessairement s'interroger lui-même pour trouver la réponse la plus adéquate à apporter, le tout en un temps très court la plupart du temps. En cela est le réel pouvoir de la question. Il arrive bien sûr que certaines questions soient plus complexes, soit parce que celui qui interroge formule mal sa question, soit parce que le sujet en lui-même est complexe, soit parce que la personne interrogée ne bénéficie pas encore des compétences nécessaires pour répondre rapidement et simplement à la question qui lui est posée. Il arrive d'ailleurs, dans ce cas de figure que la personne interrogée renverse les rôles et devient la personne qui interroge, quand cette personne a besoin de plus d'éléments pour répondre à la question initiale ; de là peut parfois partir toute une arborescence de savoir et de pensées dans lesquels se perdent souvent de nombreuses digressions. Parfois aussi, la personne interrogée retourne la question à son interlocuteur, curieuse de connaître son avis à son tour, qu'il s'agisse simplement de s'informer ou de comparer les deux réponses formulées.

Comme dit précédemment, une personne interrogée va donc commencer par se poser la question à elle-même, de façon plutôt inconsciente la plupart du temps. Ce mécanisme naturel et intégré dès le plus jeune âge possède un pouvoir à lui tout seul, puisqu'avant de créer la meilleure réponse, il va examiner les possibilités de réponses une par une, dans un premier temps et dans un second temps, il peut instaurer un nouveau savoir, un nouveau jugement dans l'esprit de la personne interrogée. C'est sur cela que se fonde l'échange épistémologique : bien choisie et bien formulée par la personne qui questionne, la question va avoir pour effet la « remise en question » de la personne interrogée qui sera parfois face à ses propres contradictions. Le cerveau n'aimant pas les contradictions, il se devra de trouver une réponse adéquate. Le degré d'honnêteté de la personne interrogée dans sa réponse lui permettra de reconnaître son erreur ou de persister dans sa mauvaise foi, mais qu'importe puisque la graine de la question est plantée dans son esprit. Et si cette personne garde un souvenir de cet entretien, il se peut qu'elle repense à la question plus tard, à tête reposée et parfois se satisfaire d'une meilleure réponse, mieux fondée, mieux réfléchie en somme.

En cela, la personne qui interroge doit bien se garder de rester responsable dans la façon dont elle formule ses questions car si la question est un outil formidable d'échange intelligent, il peut aussi bien en devenir un outil de manipulation (« posez-vous les bonnes questions ! »). Dans un débat d'idées, la personne qui interroge doit donc être aussi responsable de ne rien éluder et ne pas tomber dans le mensonge par omission et l'hypocrisie. De son côté, la personne interrogée se doit, à son tour de rester prudente et humble dans un échange où les informations affirmées peuvent paraître surprenantes en gardant bien à l'esprit que ces affirmations extraordinaires nécessitent des preuves plus qu'ordinaires. Rien n'oblige les interlocuteurs à se mettre en pause dans leur débat pour tout vérifier point par point. Personne ne le leur demande. Si injection à la vérification il y a, les personnes pourront remettre cette tâche à plus tard et continuer de débattre de façon prudente.

Alors peut-il y avoir des « questions idiotes » ? Tout dépend de ce que l'on place sous la notion d'idiotie. Une question basée sur la curiosité (bien placée) d'un interlocuteur qui traduit son manque de savoir sur un sujet ne sera jamais idiote et ne peut qu'inviter la (ou les) personne(s) en face à y répondre avec respect, humilité et bienveillance. La nécessité de se construire un savoir plus large ne doit jamais être perçue avec légereté car la personne qui pose la question a déjà réalisé l'effort (parfois grandiose) de reconnaître et accepter sa propre lacune. Parfois les questions peuvent témoigner de l'étourderie de la personne qui la pose, qui soit n'écoutait pas auparavant et s'est donc retrouvée à poser une question qui a déjà trouvé réponse plus tôt, soit la personne connaissait déjà la réponse ou l'avait sous les yeux sans s'en apercevoir sur le moment. Si ce comportement (surtout s'il est répété) peut agacer certaines personnes, il convient pourtant là aussi de faire preuve d'un peu de sagesse en se demandant si, nous-même, cela ne nous est pas déjà arrivé d'être dans la Lune et si l'on n'aurait pas omis un détail ou répondu antérieurement d'une mauvaise façon. Voyez donc comment certaines questions en appellent d'autres parfois inattendues, ce qui est d'ailleurs un parcours très intéressant à suivre dans les plus grands moments d'introspections que l'on devrait tous avoir régulièrement pour réfléchir sur qui l'on est, ce que l'on sait, ce que l'on fait, pourquoi et si l'on n'a pas des moyens à notre disposition pour faire mieux ou davantage. Enfin, les simples questions de courtoisie ne sont que rarement qualifiée d'idiotes car elles sont de convenance et invitent simplement à échanger sur des tons cordiaux (la plupart du temps). Je pense donc qu'aucune question ne peut être qualifiée d'idiote.

Il y aurait certainement encore beaucoup à dire sur ce que cet outil aussi basique provoque chez les personnes qui l'utilisent. Ici je ne fais que survoler un sujet qui peut en devenir vaste, tant il fait appel à des spécialistes de la neuro-biologie, de l'évolution, de la psychologie, de la linguistique, de la philosophie, etc. Si je peux donc vous donner un conseil au terme de ce petit article : tâchez d'avoir des débats plus construits, plus argumentés, en attaquant les idées de vos interlocuteurs sur le fond (et non sur la forme) pour que le débat soit plus efficace et plus intéressant (par exemple, reprocher à quelqu'un ses fautes d'orthographe n'a jamais fait avancer un débat puisqu'on ne s'attaque pas au cœur du sujet). Tâchez donc de formuler vos questions avec toute la prudence dont vous êtes capables de faire preuve, en considérant bien que votre interlocuteur va se poser lui-même la question que vous lui posez, peu importe sa complexité, et qu'elle peut transformer radicalement et durablement ses propres convictions. Posez vos questions une à une, sans assaillir la personne face à vous dont l'esprit sera débordé. Chaque chose en son temps et le débat sera plus posé (quite à rédiger les questions qui vous viennent à l'esprit sur un coin de papier pour les poser après sans les oublier). Dans le cadre d'un débat, acceptez le questionnement des autres, car cela témoigne que les personnes qui vous posent des questions ont envie d'échanger avec vous (mais sentez-vous libre de refuser poliment un débat, personne n'a le droit de vous obliger à débattre d'un sujet). En ayant conscience de tous ces mécanismes, ne pensez-vous pas que l'on pourrait avoir des discussions bien plus riches et sensées ?

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À propos de moi

Tu veux ma photo ? Je sais, j'ai un nom un peu long mais contrairement à ce que tout le monde peut croire, il est très facilement prononçable : Christopher Machicoane-Hurtaud… (vous pouvez m'appeler par mon numéronyme C26d si ça vous chante). C'est pour ça que j'ai choisi c‑mh.fr, c'était plus court. Je suis né le 6 novembre 1992, un jour où, d'après Wikipedia, il ne s'est pas passé grand chose d'exceptionnel ; et je vis dans l'agglomération nantaise. Dans ce blog, vous trouverez plein de trucs qui pourront parler de radio (ma première passion), de musique (mon autre première passion), de web, et quelques réflexions sur l'actu de temps à autres. Un peu de tout, en somme, mais pas encore de licornes arc-en-ciel ; mais j'y songe…

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