En continuant à naviguer sur mon site, vous consentez à ce que j'utilise des cookies pour collecter les statistiques de visites. En savoir plus

#Reflexions Pourquoi je fais chier les gens sur facebook (et twitter) et pourquoi facebook m'incite à le faire encore plus !

On m'a souvent reproché, à juste titre, de vouloir m'acharner contre les conspirationnistes dans les commentaires de différentes pages. Qu'il s'agisse de la forme de notre planète, de santé publique, de technologies, de pratiques ésotériques et j'en passe. J'aimerais expliquer ma démarche et en même temps m'auto-attribuer une petite dose d'humilité.

Quand on s'intéresse à l'esprit critique, à la zététique, à la rhétorique, à l'épistémologie et toutes ces disciplines qui consistent à étudier la façon dont les sciences sont construites et à étudier les biais du cerveau humain dans la compréhension de notre monde, on se laisse moins berner par les conclusions trop hâtives, les affirmations sans preuves et les discours séduisants qui ne transcrivent pas souvent la réalité des faits. Cela ne veut pas dire que l'on détient un savoir ou une vérité absolue, mais simplement que l'on est plus armé de méfiance et que l'on a des raisons valables de ne pas croire à tout un tas de choses sans que leurs fondements ne soient établis solidement.

Mais ce sentiment, en moi, a éveillé un grand sentiment alarmiste chez moi depuis quelques années. Je reconnais détester que l'on puisse s'offusquer pour de mauvaises raisons, sans s'être posé de questions avant. Je m'explique avec un exemple. Quand je vois une personne clamer haut et fort (c'est relatif, on parle de commentaires facebook…) que "Les compteurs Linky et les 5G sont responsable de tous les maux de la Terre et que le Covid-19 a été inventé par les chinois en laboratoire.", eh bien… je bous intérieurement. Et mon envie primaire, c'est de dire à cette personne qu'elle a tort et qu'elle raconte des conneries. Cependant ça ne suffit pas, loin de là. Et ça c'était mon point de vue il n'y a pas si longtemps, encore. Je voulais rectifier les choses, contrebalancer les faits avec un discours plus rationnel, de préférence avec quelques sources consultables quand c'était possible. Mais c'était oublier que la dissonance cognitive chez l'être humain va lui faire fermer les yeux sur les hypothèses qu'il n'a pas envie de prendre en compte, car elle va à l'encontre de ses convictions. Et nous sommes tous sujets à ces biais de confirmations, qui vont faire que l'on va privilégier les conclusions qui vont dans notre sens.

Même si j'ai toujours essayé de traiter mes interlocuteurs avec respect, sans jamais les insulter. Finalement, qui suis-je pour leur dire quoi penser ? Qui suis-je pour prétendre détenir un savoir qu’eux n'ont pas, alors que moi-même, comme 100% de la population terrestre, je suis biaisé ? Et je ne suis expert d'aucun de ces domaines ! Juste informé, mais loin d'être expert…

Je me suis donc posé pour réfléchir un instant à cette question (oui, je fais réellement ça dans la vie de tous les jours, et ça fait un bien fou de se remettre en question, soi et ses convictions) et je continue à réfléchir encore à cette question aujourd'hui, à laquelle je n'ai pas de réponse. Car pendant que je me pose pour essayer de savoir comment on pourrait faire en sorte de mettre un coup de frein aux fake news avec un discours efficace pour éviter que ces dernières ne se propagent.

Car les fake news sont comme les cancers, elles se répliquent à une grande vitesse. Ce sont des discours affirmés avec beaucoup d'aplomb, et qui sont séduisant par nature, car les personnes qui les propagent éveillent en leur auditoire un sentiment de peur et de révolte. Un auditoire qui est d'ailleurs souvent un peu perdu dans la quantité incroyable d'informations que l'on reçoit quotidiennement aujourd'hui. Et quand une personne commence à rattacher sa confiance dans ces discours séduisants, elles vont se sentir plus importantes et mues par une envie de rétablir les faits face à tous ceux qui leur mentent. Alors évidemment, des gens comme moi qui viennent essayer de remettre un peu d'ordre dans tout ça, vont forcément faire partie du système, vont être des moutons qui croient tout ce qu'on leur raconte. Finalement, ces personnes ne sont pas plus débiles que d'autres. Elles ont simplement été plus réceptives à un moment ou à un autre à un discours plus séduisant, sans forcément chercher à vérifier ce qui était affirmé est fondé. Et on ne peut en vouloir à personne de ne pas prendre le temps de tout vérifier, car ça serait une dépense d'énergie colossale !

Alors que faire ? Me taire ? Laisser ces personnes débattre entre elles dans leur coin ? Ne pas leur donner de visibilité pour éviter que leur discours se propage ? Oui, probablement. C'est une possibilité qui n'est pas mauvaise du tout, en soi. Mais à titre tout à fait personnel, elle ne m'a jamais séduit.

Pour moi, ignorer ce genre de discours, c'est un peu comme ignorer sciemment qu'on a une maladie qui se développe sans essayer d'intervenir dessus, en se disant qu'en n'y pensant pas, la maladie finira par s'en aller d'elle-même (cette métaphore vaut ce qu'elle vaut). Mais dans les faits, je n'ai pas l'impression que ça soit si efficace, d'ignorer ces discours pour ne pas leur donner de visibilité. Et il est vrai que les réseaux sociaux ont un réel effet loupe, car ils savent mettre en avant ce qui va susciter de la réaction. Pourquoi ? Parce que l'interaction provoque l'envie de rester sur la plateforme et donc d'être exposé aux publicités qui représentent une grande part des revenus de ces réseaux, qui fondent leur modèle économique principalement sur ce genre de revenus. Je m'en suis rendu compte très récemment, et vous pourrez refaire l'expérience chez vous, Facebook n'affiche pas systématiquement les commentaires sous une publication. Et je me suis aperçu que les commentaires dont je voyais un aperçu étaient très souvent des commentaires de discours conspirationnistes, car la plateforme avait "compris" que ce genre de message me fait réagir.

Je me suis laissé berner par une IA. Si bien qu'aujourd'hui, je me suis désabonné des pages d'informations que je suivais, pour ne plus être tenté de répondre à ces personnes. Mais pendant que je les ignore, les "infox" (ce mot est vraiment moche) courent toujours…

Alors que faire, encore ? J'ai bien essayé quelques entretiens épistémiques avec quelques personnes sur facebook, mais cela demande une énergie incroyable, d'un côté comme de l'autre, si bien que la personne avec qui je discutais finissais toujours par ignorer ce que je lui disais, et pour cause : un entretien épistémique, c'est un entretien dans lequel, plutôt que de remettre les affirmations en causes, on s'intéresse à la façon dont une personne en est venue à croire telle ou telle chose, pour l'inviter à se questionner elle-même, de façon naturelle, et se rendre compte par elle-même de ses propres erreurs de raisonnements. Ces entretiens donnent des résultats… à condition que la personne interrogée ait une envie (même sans s'en rendre compte) de se remettre en question, et cela prend bien plus de temps que de simplement opposer des arguments. Et quand bien même ces personnes arrivent à se détacher d'une croyance, elles ont, pour beaucoup d'entre elles, besoin de se rattacher à autre chose. Donc pour une personne déconvertie de l'antivaccisme, par exemple, on pourrait bien avoir une personne qui se met à croire que l’on n’est jamais allé sur la Lune.

Aujourd'hui, même si je me suis "calmé" et que je n'ai plus envie de dépenser mon temps et mon énergie à contredire les gens tout le temps ou même à les inviter à se remettre en question, je reste chatouilleux sur tous ces sujets. Ils continuent de me faire bouillir intérieurement dès que j'y suis confronté, mais histoire de me "reposer" un peu, comme je le disais tout à l'heure, je me suis désabonné de ces contenus que facebook m'exposait en me disant sournoisement "tiens, vas-y commente ça !" Mais, si je continue de bouillir, c'est aussi parce que le conspirationnisme peut tuer. Oui, vous m'avez bien lu. Et pour illustrer mon propos, je vous propose de visionner, jusqu'au bout cette vidéo, si le cœur vous en dit : https://www.youtube.com/watch?v=m2QGYDAzZ2w . Elle provient de la chaîne de « L'Extracteur » qui reprend le discours d'un certain Casasnovas. Si vous ne le connaissez pas… bah vous ne loupez pas grand-chose, mais surtout, en voyant cette vidéo, vous allez être servi. En résumé, Casasnovas promeut le crudivorisme et la consommation de jus de fruits pour soigner le cancer et tout un tas d'autres pathologies en alimentant un discours de méfiance envers le système de santé en place. C'est très grave, car avec ses beaux discours, tout un chacun peut croire que ce qu'il raconte est vrai et fonctionne car il prend soin de sélectionner les témoignages qu'il évoque… mais on n'a nullement connaissance du nombre de personnes qui ont tenté sa méthode et pour lesquelles rien n'a fonctionné. Casasnovas n'est pas le seul à avoir ce genre de discours très toxique et de façon générale, tous les discours qui touchent à remettre la santé publique en cause (vaccination, Covid-19, SIDA, …) sont toujours des discours qui peuvent être très séduisants (surtout quand on est dans un état de santé dégradé) mais qui n'ont jamais fait leurs preuves scientifiquement, et qui, quand on s'y intéresse de près comme ce que fait « L'Extracteur » comporte de nombreux points de contradiction et de véritables preuves que ces gens ne comprennent même pas ce qu'ils affirment haut et fort. Quant aux autres discours moins dangereux quand on regarde en surface comme ceux des adeptes de la Terre plate ou du voyage sur la Lune qui n'aurait jamais eu lieu, on peut croire que ces gens ne font pas de mal et sont juste des "illuminés".

Erreur. Car en répandant ce genre de discours, ils vont nécessairement séduire tout un tas d'autres personnes qui sont dans l'incertitude et qui vont se rattacher à un discours émotionnel et séduisant. Quand on discute un peu avec un platiste, on apprend une chose essentielle, c'est que ce sont des personnes qui remettent beaucoup de choses en cause, et pas seulement la forme de notre planète… malheureusement.

Alors que faire, à nouveau ? Je n'en sais foutrement rien.

J'aurais tendance à croire qu'il faudrait que les médias fassent preuve d'un peu plus de modération sur les réseaux sociaux, en évitant que les commentaires qui font le plus réagir soient mis en avant. Ça évitera que des contradicteurs comme moi mettent ces discours en avant. Seulement, retirer de l'interaction à leurs publications, c'est retirer de la visibilité sur leurs articles, et donc des revenus publicitaires… J'aurais tendance à croire qu'il faudrait enseigner les outils de l'esprit critique à tout le monde, dès l'école primaire, à l'âge où les enfants sont des éponges à savoir, car si les enfants d'aujourd'hui sont les esprits critiques de demain, on pourra rétablir un peu plus de rationalisme et de fondement dans les débats stériles des réseaux sociaux et autour de la table d'un repas de famille aux discussions parfois houleuses. J'aurais tendance à croire qu'il faut continuer de parler des sujets sérieux, tout en étayant ses propos de sources vérifiables, que l'on ait un regard critique sur ces sources pour ne pas croire tout aveuglément juste parce qu'une information est sourcée. Que l'on soit tous beaucoup moins dans l'émotion (moi y compris) et que l'on tourne 7 fois ses doigts dans sa main avant de taper sur son clavier.

Car je n'ai pas envie que le monde de demain soit un monde où les gens ont fait des choix car on leur a vendu un discours séduisant. Car je ne peux me résoudre à me dire que des proches (famille, amis) puissent un jour tomber dans des croyances ésotériques qui pourrait représenter un danger vital pour eux. Et pourtant, je n'y peux rien, car ce sera leur choix, pas le mien.

Pour finir, je tiens donc à présenter mes excuses, d'abord pour ce gros pavé qui avait besoin de sortir depuis un bon moment (si vous avez tout lu, bravo !), et ensuite si j'ai pu vous agacer ou vous exaspérer sur les réseaux sociaux. Ces dernières années, ces sites sont devenus un terreau fertile à tout cela, et la dure loi de l'asymétrie de Brandolini nous apprend qu'une affirmation fantaisiste et sans preuve demandera au moins 10 fois plus de temps pour être réfutée. J'ai donc pris la décision de m'éloigner de tous ces discours toxiques et me servir des réseaux simplement pour partager des contenus plus sympas, ce pour quoi ils avaient été conçus à la base. Je sais que je vais probablement recraquer et vouloir dire à un antivaxx que c'est un idiot bête dangereux.

Mais je vais essayer de me contenir. Et de réfléchir à la meilleure des façons pour ne pas laisser aux générations futures un monde dans lequel l'émotion prime sur la vérité.

Rédigé le .

Commentaires

comments powered by Disqus
À propos de moi

Tu veux ma photo ? Je sais, j'ai un nom un peu long mais contrairement à ce que tout le monde peut croire, il est très facilement prononçable : Christopher Machicoane-Hurtaud… (vous pouvez m'appeler par mon numéronyme C26d si ça vous chante). C'est pour ça que j'ai choisi c‑mh.fr, c'était plus court. Je suis né le 6 novembre 1992, un jour où, d'après Wikipedia, il ne s'est pas passé grand chose d'exceptionnel ; et je vis dans l'agglomération nantaise. Dans ce blog, vous trouverez plein de trucs qui pourront parler de radio (ma première passion), de musique (mon autre première passion), de web, et quelques réflexions sur l'actu de temps à autres. Un peu de tout, en somme, mais pas encore de licornes arc-en-ciel ; mais j'y songe…

Pour me contacter, envoyer un mail à christophermh44 [at] gmail.com