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#Radio Radionomy ferme ses portes, voyez-y une opportunité

Ce 22 novembre, on apprend qu'au premier janvier prochain, Radionomy va clôturer son service après avoir essayé de faire migrer ses utilisateurs vers son autre solution : Shoutcast en mode Saas. Cela laisse un peu plus d'un mois à ses centaines, voire ses milliers d'utilisateurs (je ne pense pas sur-estimer le nombre) pour trouver un plan B en considérant qu'ils y passeront probablement leurs vacances de Noël aussi… Si la décision de Radionomy prend certainement de court ses utilisateurs (sans déconner 1 mois pour migrer une radio… c'est peu !), peut-être pouvons-nous y voir de belles opportunités pour les producteurs de webradios.

Rappelons rapidement le principe de Radionomy : une plateforme gratuite permettant à n'importe qui de créer une webradio. La plateforme était équipée d'une grande librairie musicale permettant d'éviter à ses utilisateurs de devoir uploader eux-même les musiques après les avoir achetées. Les producteurs de webradios n'avaient pas à s'acquitter des droits de diffusion, puisque Radionomy avait passé un contrat avec l'équivalent de la SACEM en Belgique. Radionomy proposait également une banque de programmes et de chroniques utilisables gratuitement par les producteurs. Le modèle économique était simple : Radionomy proposait ce service gratuit en diffusant des publicités sur les radios de ses utilisateurs. Les producteurs pouvaient même prétendre récolter une partie des bénéfices si la radio était suffisamment rentable. Notons enfin que chaque radio était soumise à une contrainte forte dont j'ai déjà parlé sur ce blog : celle de devoir assurer une audience minimale pour sa radio sous peine de voir son projet balayé au bout d'un certain temps s'il n'était pas assez rentable.

À l'instar de YouTube, ce service s'est très vite apparenté à un cimetière de projets tués dans l'œuf ou ayant eu notoriété très éphémère. Seuls quelques projets sont sortis du lot et ont pu évoluer avec le temps. Mais Radionomy pouvait très facilement décourager ses utilisateurs par le nombre colossal de problèmes techniques auxquels ils ont dû faire face, d'une façon très peu efficace (il pouvait se passer tout un week-end sans que l'équipe technique n'intervienne alors que l'ensemble des stations avait cessé de diffuser) et sans communiquer. Je vous laisse imaginer la frustration qui pouvait en découler et le nombre de projets qui ont pu voir leur audience chuter à cause de problèmes indépendants de leur volonté.

Pour avoir moi-même utilisé cette solution pendant 8 mois aux débuts d'Utopic, j'ai donc pu peser le bien et le moins bien. Et finalement, je regrettais surtout que les équipes derrière Radionomy n'étaient pas du tout à l'écoute de leurs utilisateurs et des suggestions qu'on pouvait leur faire. Ce qui faisait de cette grosse machine, une simple machine destinée plus ou moins à tirer profit des envies de tas de personnes de se lancer dans la radio. Une offre alléchante (gratuite) avec un service assez complet qui, ma foi, peut faire le job si on n'est pas trop soucieux de la qualité de la radio, mais qui n'a jamais vraiment été voué à évoluer (encore moins depuis que le groupe Bolloré avait investi dans la société Radionomy). Si Radionomy a probablement détruit le rêve de beaucoup de personnes arrivant la fleur au fusil en espérant lancer une nouvelle radio, elle n'en a pas moins été aussi un incubateur de projets qui ont aujourd'hui trouvé une autre façon de fonctionner, comme un tremplin en quelque sorte.

Je ne suis pas triste que Radionomy ferme ses portes. D'ailleurs, Shoutcast et Targetspot, ses sœurs, continuent d'exister. Je ne suis pas triste puisque le projet n'évoluant pas, et avec tout ce que j'ai expliqué juste avant, il fonçait forcément droit dans le mur. Je ne suis pas triste car Radionomy, à elle seule, a inondé le marché de la radio sur le Web avec énormément de projets qui se ressemblaient les uns les autres (j'explique pourquoi plus loin dans cet article), et trop de webradios… tue la Webradio avec un grand W (nombre de projets, reconnaissons-le, manquaient beaucoup de sérieux). En revanche, je suis triste pour tous les producteurs qui souhaitaient expérimenter la radio et qui ne pourront plus bénéficier d'une solution gratuite (même si elle a ses défauts). Car il me semble que désormais, sur le marché, il y a un boulevard devant celui qui voudrait reprendre le même concept tout en l'améliorant et en faisant les choses dans les règles de l'art. Et d'ailleurs, les concurrents payants préparent déjà le terrain pour attirer les producteurs avec des offres alléchantes.

Mais dans le titre de cet article je parle d'opportunités à saisir. Pas seulement pour les personnes qui voudraient faire un Radionomy bis, mais aussi pour tous les producteurs de webradios qui se cantonaient à la facilité proposée par la plateforme, qui se cherchaient ou même qui ne cherchaient pas forcément à faire évoluer leur projet.

Évacuons tout de suite la question financière : je ne suis pas forcément pour la gratuité. D'un côté parce que quand on veut se lancer dans un projet de radio, il faut bien comprendre qu'on va avoir des tas de choses à payer et qu'on ne peut pas tout faire gratuitement ; d'un autre côté, parce que les administrateurs de ce genre de service estiment systématiquement que si c'est gratuit, ils ne doivent rien aux utilisateurs (conséquence de cela, les utilisateurs perdent en exigence et baissent vite les bras). Or, ce n'est pas parce que c'est gratuit que le service ne doit pas être de qualité, ce sont deux choses parfaitement indépendantes. D'ailleurs peut-on parler de gratuité à partir du moment où quantité de publicités étaient diffusées sur les stations. Individuellement les stations devaient diffuser 4 minutes de pub par heure, mais multiplions ça par le nombre de radios qui diffusent via Radionomy (pour rappel : des centaines, voire des milliers) et les recettes publicitaires sont colossales. Une partie finance tout ce qui est proposé gratuitement, mais Radionomy, outre ses frais de fonctionnement et les salaires à payer, se fait aussi de la marge et reverse une partie aux détenteurs de webradios avec un fort taux d'écoute. Et dans la logique du "si c'est gratuit, c'est toi le produit"… pas sûr qu'on puisse vraiment en conclure que "parce que c'est gratuit, on ne doit rien à nos utilisateurs". En revanche, je pense que des producteurs de webradios peuvent facilement accepter de payer quelques euros par mois (disons entre 5 et 10€ histoire d'être sur une tranche de tarifs attractifs à la Netflix ou Spotify) pour avoir un service fonctionnel aux prestations variées et en compensant le "manque" avec une diffusion de publicité également. Et si dans le lot, quelques producteurs considèrent qu'ils ont envie de monter une radio sans débourser un seul centime… lisez la suite, ça pourrait bien vous intéresser !

Je vais me répéter par rapport à ce que j'ai pu dire dans une vidéo de ma chaîne YouTube (que je n'oublie pas, mais pour laquelle je n'ai pas du tout de temps à consacrer en ce moment). Si actuellement, vous disposez d'une station sur Radionomy, ou si vous comptiez vous lancer dans un projet de webradio (Radionomy ou pas), faites l'effort de vous poser une question simple :

Qu'est-ce qui m'attire dans le fait de faire de la radio ?

Si la réponse ressemble à "parce que j'aimerais me lancer dans la production d'une station qui fera concurrence à la radio [insérer un nom de radio] parce qu'on diffusera la même chose" ou "parce que ça a l'air fun" ou encore "parce qu'avec un service comme Radionomy, je vais me faire plein de thunes"… laissez-moi vous dire que vous avez peu de chance de parvenir à vos fins. Je dirais que la réponse la plus convaincante parmi ces trois-là, c'est le "parce que ça a l'air fun" : ça prouve au moins que vous vous intéressez un minimum aux métiers de la radio. Mais la radio n'est pas qu'un truc "fun". C'est avant tout un métier-passion (vu le salaire de la plupart des animateurs radios en faisant abstraction des animateur⋅trice⋅s stars, il faut une grande dose de passion pour continuer à apprécier ce métier !) qui demande beaucoup d'investissement personnel et financier quand on part de rien ou presque rien. Ça peut vite décourager ceux qui ne s'y attendaient pas, car c'est aussi une discipline que l'on apprend sur le tas, en faisant beaucoup d'erreurs et beaucoup de fautes de jugement sur son propre travail (je suis passé par là et quand je réécoute mes débuts dont j'étais fier à l'époque… eh bien aujourd'hui, ces fiertés se sont transformées en véritables dossiers…)

Je ne cherche pas à vous décourager ou à vous faire peur dans cet article. Si vous avez la motivation pour monter un projet, je vous en prie : lancez-vous ! Mais attendez-vous à beaucoup de déceptions, ne lâchez rien, et surtout notez bien une autre chose : le marché de la webradio est sur-saturé de stations qui se ressemblent toutes les unes les autres et diffusent du hits (NRJ-like), de la dance (Fun radio-like) ou de l'urban (Skyrock-like), pour la plupart. Donc il va vous falloir un projet solide et un concept en béton pour avoir de vrais arguments et vous démarquer des autres.

Sinon, et c'est là le cœur de mon message, je vous recommande chaudement de vous joindre à des projets existants. Alors oui, vous ne l'aurez pas conçu vous-même de toutes pièces, mais pensez à tous les avantages que ça représente, la plupart du temps :

  • Les structures existantes sont déjà bien équipées en terme de matériel
  • Les structures existantes ont déjà une identité graphique et sonore
  • Les structures existantes s'acquittent (en principe) déjà du paiement des droits d'auteur
  • Les structures existantes possèdent déjà une expérience qu'ils pourront vous partager
  • Les structures existantes ont beau avoir une équipe, elles ont toutes besoin de "bras" qui les aideront dans tous les métiers qui représente la radio : animation, production, communication, etc.
  • Vous-même pourrez proposer vos idées (qui sait peut-être avez l'idée du siècle mais tâchez de rester humbles et ouverts à la critique)

Et l'argument principal : plus les webradios possèderont une grande équipe, plus elles pourront mettre au point des projets excitants facilement (en terme de moyens humains, voire financiers) et auront de meilleurs arguments pour négocier des partenaires, par exemple.

Petite précision en passant : cette réflexion s'applique à tous ceux qui veulent faire de la radio leur loisir. Si vous voulez en faire votre métier, la réflexion est un peu différente, mais ce n'est pas l'objet de cet article.

Je suis même prêt à recommander aux webradios qui fonctionnent bien aujourd'hui de proposer à celles qui sont un peu en difficulté ou en recherche d'audience pour fonctionner de les "racheter". Alors, dans le milieu associatif, il est rare d'acheter au sens propre du terme une autre association, car la plupart d'entre elles sont à but non lucratif. Donc parlons plutôt de "fusion", mais ce qui me gêne dans le terme de "fusion", c'est qu'on sous-entend qu'il va y avoir d'office un conflit pour savoir qui prendra le pas sur l'autre. Deux radios Tartempion et Pouetpouet qui voudraient fusionner auront très certainement un débat houleux pour savoir si on garde l'identité de Tartempion, celle de Pouetpouet ou s'il faut créer une nouvelle marque avec tout ce que ça représente en terme de marketing.

Si plusieurs projets fusionnent de cette façon dans les années à venir, nous verrons fleurir un petit bouquet de webradios qui auront acquis un certain professionnalisme et qui pourra avoir de vrais arguments envers les annonceurs et ainsi concurrencer sérieusement la FM. Car l'autre avantage des personnes contribuant aux webradios : ce sont souvent des jeunes, qui connaissent parfaitement les codes du Web et peuvent donc proposer une diffusion multimédia, innover dans la façon de communiquer avec les auditeurs, là où la FM reste un média qui a perdu en proximité avec ses auditeurs, qui est fortement contrôlée par le CSA (surprise : les webradios sont tellement foisonnantes que le CSA ne les contrôle pas par défaut). Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : je n'ai rien contre la FM, j'admire beaucoup de gens qui y travaillent, mais on l'a encore vu avec les sondages parus cette semaine, la FM est en perte de vitesse et les gens se tournent vers des façons de se divertir et de s'informer différentes aujourd'hui, grâce à Internet et à l'arrivée de la consommation de médias à la demande.

La cerise sur le gâteau serait la création d'un collectif, un label ou un genre de fédération sérieuse de webradios (il y a déjà eu plusieurs projet de ce genre, mais les personnes qui les tiennent n'ont malheureusement pas beaucoup de temps à y consacrer, et ce type d'initiatives tombe à l'eau…) qui pourrait porter les projets, négocier des tarifs adaptés aux associations pour le paiement des droits d'auteurs, mener des actions groupées, etc. Un peu comme Les Indés Radio, mais pour la webradio.

En bref, réfléchissez bien à la pertinence de monter un énième projet de radio s'il en existe dejà plusieurs centaines comme vous. Croyez en vos rêves et surtout, n'ayez pas peur de rejoindre une équipe existante. Au pire, ça vous fera une première expérience (rien n'est plus vrai que de dire qu'en radio, on se forme quasiment exclusivement sur le terrain… on parlera du STUDEC et des autres écoles de radio une autre fois), au mieux, vous aurez bâti un rêve à plusieurs !

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À propos de moi

Tu veux ma photo ? Je sais, j'ai un nom un peu long mais contrairement à ce que tout le monde peut croire, il est très facilement prononçable : Christopher Machicoane-Hurtaud… (vous pouvez m'appeler par mon numéronyme C26d si ça vous chante). C'est pour ça que j'ai choisi c‑mh.fr, c'était plus court. Je suis né le 6 novembre 1992, un jour où, d'après Wikipedia, il ne s'est pas passé grand chose d'exceptionnel ; et je vis dans l'agglomération nantaise. Dans ce blog, vous trouverez plein de trucs qui pourront parler de radio (ma première passion), de musique (mon autre première passion), de web, et quelques réflexions sur l'actu de temps à autres. Un peu de tout, en somme, mais pas encore de licornes arc-en-ciel ; mais j'y songe…

Pour me contacter, envoyer un mail à christophermh44 [at] gmail.com