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#Reflexions Lettre ouverte au Président Emmanuel Macron

Réaction à chaud suite à la réaction méprisante de notre Président de la République qui a tenu les propos suivant, en parlant des français qui s'apprêtent à manifester contre la Loi Travail, je cite : « Je serai d'une détermination absolue. Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. »

Note : j'expose rarement mon point de vue politique publiquement. Mais cette lettre, c'est l'accumulation de plusieurs mois, d'un trop plein qui avait besoin d'être exprimé.

Monsieur le Président de la République,

Vous avez été élu par la République en mai dernier. Quelques mois plus tard, vous voilà déjà à mépriser les Français au travers d'un discours dont le but était surtout de montrer que vous étiez déterminé à faire passer la Loi Travail, quoi qu'en pense le peuple.

Vous disiez, quelques jours plus tôt, que les Français sont hostiles aux réformes. Je ne suis pas de votre avis. Je pense, comme vous, que la France a besoin d'être réformée. Toutefois, je pense que la réforme doit être réfléchie et doit prendre en considération le ressenti réel de la population sur sa propre santé. Nous n'avons aucun doute quant à votre détermination : dès le départ, les Français ont très bien entendu que vous souhaitiez faire passer la loi Travail par le biais des ordonnances. Après que le pays a connu une baisse d'activité suite à l'annonce de la première version de la Loi Travail dont vous êtes l'instigateur, la France a fait entendre son mécontentement avec force auprès de l'État, de Manuel Valls et de l'ancien président François Hollande. L'ancien gouvernement s'est montré têtu et les Français n'ont pas eu d'autres choix que de se soumettre à cette décision, car le droit de grève c'est bien, mais ce droit n'est pas gratuit pour ceux qui estiment que faire valoir leurs idées, c'est plus important que de gagner leur vie. Rendez-vous compte que des millions de Français ont manifesté l'année dernière et s'apprêtent à retourner dans la rue pour vous prouver à quel point cette réforme manque cruellement de discernement. On peut presque résumer cela à : « si tu n'es pas d'accord, soit tu le payes, soit tu te tais. » Mais même en descendant dans la rue pour faire entendre leur voix, les Français ne sont pas écoutés. Ne soyez donc pas surpris que votre cote de popularité baisse si rapidement, car vous reproduisez les mêmes erreurs que vos prédécesseurs, alors que vous disiez vouloir vous en démarquer pendant votre campagne.

Pensez-vous sincèrement que les Français, dans un contexte de crise avec un fort taux de chômage, ont besoin d'un changement radical des règles du jeu du travail qui les amèneront inévitablement à une précarité de l'emploi plus importante ? Pensez-vous sincèrement que cela va motiver les Français à aller travailler sereinement alors que nombreuses sont les familles qui, aujourd'hui, vont travailler bien plus pour gagner leur vie et vivre sans artifice, que pour s'épanouir ? Avez-vous seulement conscience du quotidien actuel des Français (au travail, entre autres) et notamment des classes moyennes ? Tout cela j'en doute et je suis loin d'être le seul à penser que vous semblez très éloigné de cette réalité qu'est la nôtre.

À côté de cela, vous espérez faciliter la croissance du pays, en offrant des facilités aux employeurs que je comprends, qui seront probablement très bonnes pour l'économie du pays, mais qui sont radicales, en cela qu'elle fait fi de toute humanité dans ses nouvelles règles. Avec les propos que vous avez tenus aujourd'hui, mais avec cette loi toute entière, vous donnez la très nette impression de considérer les Français comme des vaches à lait, des machines, comme des personnes qui n'ont d'autres buts dans la vie que celui d'aller travailler pour le compte de leurs patrons et leurs actionnaires tout en se soumettant à leurs exigences, puisque d'après cette nouvelle réforme, si l'employé n'est pas d'accord avec les mesures prises par sa société, il est licencié pour motif "exceptionnel" avec des indemnités prud'homales au plafond qui laisse à désirer.

Et vous pensez sincèrement que cela va réinstaurer le dialogue social dans l'entreprise ? Ne pensez-vous pas que des employés mécontents des mesures prises par leur direction pourrait décider d'accepter simplement leur licenciement, ce qui pourrait, dans des cas extrêmes, mettre à mal la santé de la société concernée ? Dois-je vous rappeler que le nombre de burn-out, maladie du travail qui n'est reconnue que depuis quelques années seulement, est en augmentation ? Notre employé qui accepte son licenciement pour motif "exceptionnel" que deviendra-t-il ? Il devra trouver un autre travail (pour peu qu'il ait, en plus, à subir les démarches de Pôle Emploi qui a, de nombreuses fois, brillée par son incompétence) en espérant qu'il pourra continuer de gagner sa vie avec son nouveau travail. Autant de raisons pour augmenter le stress des français.

Mais le stress au travail, ce mal du XXIè siècle induit par les besoins de rentabilité toujours plus grands, ce stress n'est jamais ressenti comme positif et conduit inévitablement un être humain normalement constitué à vouloir fuir ces situations de stress. C'est une réaction psychologique normale, à laquelle nous sommes tous confrontés. Choix cornélien, s'il en est, que de préférer fuir devant le problème au risque de paraître lâche, ou affronter le problème, au péril de son intégrité et sa santé. Transposé dans le quotidien des Français, cela représente une baisse de motivation qui ne vous a pas échappé puisque le besoin de réforme s'est fait ressentir, mais auquel vous répondez en pensant seulement à la situation économique du pays et non au bien-être des Français que vous, en tant que Président de la République, êtes censé protéger. Il faut que vous sachiez que si vous, vous êtes un acharné du travail, ce que l'on ne peut pas vous reprocher bien évidemment, les Français ne définissent pas tous leur propre vie à leur métier. Nous avons tous, ou presque, une famille à nourrir, des activités sportives ou associatives, des passions, des loisirs, des envies de voyages, et j'en passe. La vie ne peut pas se définir uniquement par le métier de quelqu'un. Sachez que pour ma part, je suis contre cette réforme du Code du Travail (vous l'aurez compris), mais à en croire vos propos, je suis soit un fainéant (Président d'une association qui m'occupe toutes mes soirées, je cumule cela avec mon emploi à 35h), soit un cynique (mais aurais-je fait cette lettre ouverte invitant au dialogue si tel était le cas ?), soit un extrême (je ne pense pas me positionner dans cette catégorie non plus). Et sincèrement, je ne pense rentrer dans aucune de ces trois catégories.

Je n'aborderai pas, dans cette lettre ouverte, la hausse de la CSG qui impacte directement les retraités, la baisse des APL pour les jeunes, à croire que vous méprisez réellement tous ceux qui ne sont pas actifs. Mais ce n'est pourtant pas l'envie qui m'en manque.

Je suis navré de ne pas partager le même point de vue que vous sur l'ensemble de ces points. J'ai pourtant trouvé que vous aviez mis en place des réformes intelligentes cet été, concernant la moralisation de la vie politique par exemple. Même si ce n'est à mon sens qu'un début. Je vous reconnais même une compétence incroyable dans votre gestion des médias et votre communication.

Pour vous prouver ma bonne foi, sachez que, dans ma situation actuelle, je sais que la loi travail n'aura que peu d'impact sur mon activité actuelle (même si on n'est jamais sûr de rien). Mais cette lettre ouverte se veut altruiste, et j'espère que, si elle arrive jusqu'à vous, que vous comprendrez que la réalité du quotidien des Français n'est pas celle que vous imaginez et que la vie est bien plus complexe que le simple fait de se lever tous les matins pour aller au travail pour gagner sa vie.

Cela peut paraître utopique, mais j'ose espérer qu'un jour, vous répondiez à ce courrier, à toutes les interrogations et inquiétudes que cela suscite, et pas seulement les miennes. Mais sans langue de bois et en montrant de l'ouverture d'esprit et une oreille attentive. De mon point de vue, cela semble être la meilleure solution pour que vous renvoyiez l'image d'un Président à l'écoute de son peuple et pas seulement de la santé économique du pays. Mais n'étant moi-même pas Président de la République, je n'ai pas la prétention de vous dire ce que vous avez à faire…

Merci d'avoir lu cette lettre jusqu'au bout, en espérant que cela vous aura permis d'écouter et comprendre la voix d'un Français qui n'a pas voté pour vous, mais qui a envie de laisser sa chance, malgré tout, au nouveau gouvernement.

Christopher Machicoane-Hurtaud.

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