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#Radio Pourquoi créer une webradio aujourd'hui est un pari risqué ?

Un petit retour d'expérience sur Utopic après presque 7 mois d'ancienneté, et sur les autres expériences que j'ai pu vivre en radio jusqu'à aujourd'hui.

Cela fait maintenant 8 ans que je baigne dans le monde de la radio. C'est peu comparé à certain professionnels, mais déjà suffisant pour se forger une première opinion.

Avoir voulu créer JNT de toute pièce en 2008 m'a permis de faire le tour de tous les travaux liés de près ou de loin à la radio. Car il ne s'agit pas que d'animer des émission et un flux musical, la partie communication/marketing représente une part très importante. Mettre en œuvre une webradio est également défi technique (architectures informatiques, web, et matérielle) important qui ne se fait pas à la légère.

Le concept de JNT était de diffuser exclusivement de la musique de nouveaux talents que nous allions recruter nous-même (nous = l'association qui s'était créée autour de JNT) pour la plupart, seul un petit nombre nous contactait de lui-même pour être programmé sur notre station. Et là arrive le premier point intéressant : si JNT avait un concept qui se démarquait de la concurrence (les radios qui diffusent uniquement des nouveaux talents, ça existe, mais ça ne court pas le web), mais la question sur laquelle nous avions toujours un peu fermé les yeux, c'est : qui irait de lui-même, aujourd'hui, chercher une webradio qui ne diffuse que de la musique de nouveaux talents, qui ne sont pas vraiment connus ? La réponse est simple : un (bien trop) petit nombre. Et je dois avouer, que même moi qui suis très curieux et ouvert en matière de musique, je ne vais pas chercher de moi-même une webradio qui diffuse ce genre de programme.

En somme, trouver une idée qui permet de se démarquer pour proposer un produit original, c'est bien. Mais trouver l'idée qui plaira au plus grand nombre, ce n'est pas facile.

C'est pourquoi, lors de la dernière année de JNT, nous avions pris le risque (= nous n'avions pas les moyens de payer la SACEM) de diffuser de la musique "connue" auprès de nos auditeurs, sous prétexte que cela permettrait de mieux intégrer les nouveaux talents à la programmation, et prouver aux auditeurs que la nouvelle musique, c'est aussi bien que ce qu'ils ont l'habitude d'entendre, tout en leur diffusant la musique qu'ils aiment. Si JNT a mis fin à son existence, c'est simplement parce que diffuser pour 1 auditeur en moyenne… ce n'est franchement pas motivant.

Cependant, un auditeur est fainéant et exigeant (n'y voyez pas là une insulte, c'est un fait avéré et connu des radios, et c'est le cas de tout le monde, moi y compris) : si on diffuse une musique qui ne plaît pas à l'auditeur, il s'en va et écoute autre chose. Seuls les grands groupes de radio (NRJ, RTL, etc.) peuvent prétendre garder leurs auditeurs même quand la musique ne plaît pas, car leur image de marque est ancrée dans les esprits, et ils ont bien sûr, tous les moyens d'offrir des émissions qui plaisent au public avec des animateurs talentueux pour la plupart. La FM ne craint rien si ce n'est que les sondages Médiamétrie, mais au pire, seule la programmation change ; la radio, elle, reste.

Si je fais le parallèle avec Utopic, dont le but n'est de diffuser que de la musique qui met de bonne humeur… le concept n'est pas vraiment répandu sur la toile. Il n'y a qu'à regarder les annuaires de webradios : aucun d'eux ne propose une catégorie basée sur une humeur ou une ambiance plutôt que des genres musicaux ou des époques (alors que les playlists basées sur ces thèmes fleurissent énormément sur les plateformes telles que Spotify ou Deezer). C'est donc déjà un bon point, et je reste convaincu que le programme que je propose pourrais plaire. Malgré cela, les audiences parlent d'elle-même, et je pense qu'il y a plusieurs raisons à cela :

  • Une programmation peut-être trop hétérogène en terme de genres musicaux et d'époque, mais c'est aussi l'image que je veux donner d'Utopic : une webradio qui diffuse de la musique qui met de bonne humeur, sans se prendre la tête, où on est aussi content d'entendre "Don't Worry" de Madcon, que "Walking On Sunshine" de Katrina & The Waves. Quand on compare, je suis convaincu que la webradio "Chansons Lapins By Manu", une des (très très très) nombreuses webradios du groupe NRJ, est bien plus écoutée que la mienne, alors que le concept est le même, un peu plus ancien, certes, mais surtout parce qu'elle bénéficie de l'image de marque de NRJ. L'auditeur est fainéant et n'ira donc pas forcément chercher des petites webradios sur le web quand un grand groupe propose déjà ce genre de playlist, quite à croquer les plus petits qui essaient (ou ont essayé) de percer.
  • L'argent est également un facteur très important. Je m'étais fait le pari d'essayer de lancer Utopic sans débourser le moindre centime (d'où le choix automatique de Radionomy qui possède une grosse part du marché des webradios), ou presque. Cependant, s'il n'y a pas de publicité pour notre radio, si on ne crie pas plus fort que ses concurrents, difficile de se créer une place. Aujourd'hui, les seules webradios viables sont celles qui ont été précurseurs et avant-gardistes dans le monde du web (je pense à des exemples comme Remzouille ou Futuradios), et qui n'ont pas hésité à investir. La question des moyens investis est une question cruciale, mais surtout délicate quand on a envie d'exercer une passion avec peu d'argent. La radio est une passion qui (malheureusement) coûte cher, il ne faut pas l'oublier.
  • Comme dit précédemment, j'ai fait le choix automatique de Radionomy, car c'est la seule plateforme, qui, en plus de prendre en charge les droits de diffusion d'une webradio, propose un serveur de diffusion et d'automation, et une rétribution du producteur dès que la webradio atteint un certain seuil d'audience. Sur le papier, le concept semble tout à fait louable, et paraît même idéal ! Exercer sa passion en s'exonérant des droits de diffusion (ce qui ne coûte pas le plus cher, mais qui donne l'impression de ne pas servir à grand chose, j'y reviens après), c'est le concept rêvé pour toutes les petites webradios qui veulent se lancer. Radionomy possède le monopole de ce concept depuis que Live365 a mis la clef sous la porte, a racheté plusieurs sociétés qui ont œuvré dans le monde de la webradio, et aujourd'hui Vivendi détient 64% de Radionomy. C'est dire si Radionomy possède une vraie place de choix sur le web. Pourtant, la réalité derrière est tout autre. Radionomy est littéralement victime de son succès, et quand les demandes affluent sur le forum de discussion interne à Radionomy (seul moyen de discussion avec les équipes au passage…), seule l'assistance "de base" est apportée. Je veux pour exemple, une réponse quasi systématique aux questions qui se répètent sans cesse (souvent les modérateurs du forum répondent avec un lien vers la documentation). Mais dès qu'il s'agit de répondre à des demandes plus poussées, ou a des doléances (pas toujours très cordiales et respectueuse de la part des producteurs, chose à laquelle, personnellement, j'ai toujours essayé de faire très attention), le silence radio (si je puis dire) est total. Ce week-end du 6-7 février 2016, il y a eu une panne générale qui a duré environ 59 heures, et qui a miraculeusement été réparée le lundi matin vers 10h30. Tout le monde a le droit à ses week-ends me direz-vous, mais quand on est une société comme Radionomy, leader sur le web, la mise en place d'une astreinte s'impose. Je doûte que les techniciens étaient en train de suer sang et eau ce week-end-là pour trouver la panne, contrairement à ce que les modérateurs du forum ont pu nous dire. Ou plutôt disons que les modérateurs ont, a posteriori, fait leur boulot en avertissant les techniciens, mais derrière, la demande (au caractère plutôt urgent) n'a pas suivi. À l'heure où j'écris ce post, aucune communication officielle n'a été publiée, et je crois que je ne peux que la rêver malgré les nombreuses demandes qui ont été faites. Tout cela pour dire qu'en tant que producteur, j'ai plus subi Radionomy que je ne l'ai utilisé, et c'est vraiment dommage de constater que cette société semble ne répondre aux demandes que des radios représentant la plus grosse part de leur portefeuille (pourtant, ce ne sont pas les idées qui manquent pour améliorer leur produit). N'y voyez-là aucune diffamation de ma part, juste un triste constat que je suis prêt à reconnaître comme faux, si on me prouve le contraire. Le problème, c'est que quand on subit les problèmes techniques, pour une petite webradio comme Utopic, l'auditeur partira en 2 secondes, mais ne reviendra qu'en 2 mois. Comparé à un "Chansons Lapins by Manu", si cette webradio avait subi une panne d'un week-end, déjà, les techniciens se seraient bien fait remonter les bretelles, ensuite, les auditeurs, habitués à l'image de marque de NRJ, reviendrait sans problème, même après 59 heures de panne.
  • Enfin, pour en revenir un peu à la programmation musicale d'Utopic ou de n'importe quelle autre petite webradio, et pour faire le parallèle avec l'exigence des auditeurs, quand une personne n'aime pas une musique diffusée, elle zappe et revient rarement sur ces petites webradios, qui ne bénéficient d'aucun standing. Avec l'émergence des plateformes d'écoute de musique en ligne (Spotify, Deezer, …), les auditeurs ont le choix qu'ils cherchaient tant dans les radios. Si une musique ne leur plaît pas dans la playlist qu'ils écoutent, ils passent à la suivante, et en plus ils ont bonne conscience parce qu'ils paient leur abonnement (ou écoutent de la publicité pour rentabiliser). Ce modèle correspond tout à fait au monde du web ou la fainéantise et l'exigence priment (n'y voyez là toujours aucune insulte mais un simple constat général). De plus, aujourd'hui, les webradios amateurs souffrent du même genre d'image qui avait été donnée aux radios FM associatives et pirates en leur temps. Sur le web, on trouve énormément d'amateurisme, c'est une bonne chose de vouloir faire de la radio et de vouloir progresser, car on passe tous par là. Mais malheureusement, l'image de la webradio est entachée par cet amateurisme, et cela ne permet pas de convaincre le grand public de se tourner vers des webradios qui ont parfois beaucoup plus à leur offrir en terme de proximité ou de sélection musicale. N'y voyez là encore, aucune insulte envers les webradios, car j'ai moi-même passé cette étape, sauf peut-être envers les webradios qui ne veulent faire de la radio juste pour délirer entre potes, en se fichant royalement du vrai travail que cela peut représenter, en se fichant considérablement du rendu et de ce que l'auditeur écoute, et tout cela, juste pour se trouver une occupation. La radio a toujours été un métier que l'on exerce par passion. Si on la considère comme un simple passe-temps, c'est là que l'on se trompe, et malheureusement, cela va se ressentir à l'antenne et l'auditeur a très vite fait de se forger une mauvaise image de la Webradio avec un grand W. En fin de compte, le fait de rendre la radio très accessible grâce au web a été une chose formidable pour tous ceux qui voulaient se lancer. Malheureusement et comme partout, on voit de tout et surtout de rien. Face aux géants professionnels de la FM, le choix est vite, quite à se manger 12 minutes de pub par heure et des rotations musicales extrêmement peu variées.

C'est pour toutes ces raisons qu'aujourd'hui, si on n'a pas une idée originale qui plaît au plus grand nombre, si on n'a pas un peu d'argent pour crier plus fort que les autres sur la toile, ou si on n'est pas un précurseur dans le monde de la webradio, se frayer un chemin est extrêmement compliqué, et je tire mon chapeau à celui qui arrive aujourd'hui à créer sa webradio et à être encore sur le web dans 10 ans tout en étant rentable (rentable = qui, au moins se suffit à elle-même, il ne s'agit pas forcément de faire du profit, mais au moins de pouvoir payer les charges, le matériel et les cadeaux offerts aux auditeurs).

Aujourd'hui, le monde de la webradio aurait besoin d'un coup de pouce, il fait parti de la culture, mais n'est pas assez populaire auprès du grand public qui ne dispose pas forcément de moyens facilités pour les écouter, bien que, techniquement parlant, cela arrive petit-à-petit. Et la plus grosse bête noire, c'est le critère paiement des droits d'auteurs. Beaucoup de webradios aujourd'hui ne paient pas la SACEM et autres SABAM ou SCPP par faute de moyens (je ne parle pas de ceux qui font de la radio pour occuper leurs après-midi et qui diffusent de la musique sans même savoir s'ils ont le droit de le faire). On a affaire à un monde de passionnés de radio qui prennent des risques considérables aux yeux des sociétés de protections de droits pour essayer d'exister. Beaucoup finissent par abandonner, faute de revenus (dont la seule nature est publicitaire, et éventuellement en proposant des numéros surtaxés aux auditeurs, rappelons-le) et d'audience.

Il faudrait donc que les sociétés de protections de droits s'adaptent à l'évolution de ce marché, en proposant soit des tarifs plus adaptés, soit des tarifs en lien direct avec les statistiques d'écoute de ces webradios (récolter des statistiques très précises, on sait le faire avec les webradios), ou en proposant un paiement différé des droits, le temps que la webradio s'installe, et investisse dans le matériel et la publicité. Si on veut aujourd'hui diversifier le bouquet de radios qui se limite à 90% aux seules radios FM (dont la bande est saturée) dans la tête des auditeurs, il faut déjà que les sociétés de protections de droits s'adaptent, et ensuite, si les moyens techniques d'automation ne manquent pas sur le web, il faudrait qu'un jour, une société comme Radionomy propose un produit plus fiable et une assistance plus présente.

Et seulement à ce moment-là, on aurait un vrai bouquet de webradios innovantes, et une vraie alternative à la FM.

Après 7 mois d'ancienneté, Utopic va probablement être amenée à disparaître au terme des 9 mois imposés par Radionomy pour être rentable. Beaucoup disent que c'est trop peu, certains finissent par investir dans une solution payante, mais la plupart abandonne. Cependant, si la webradio ne diffusera plus, je ne sais pas encore si je vais la poursuivre. Car comme beaucoup, je suis un passionné de radio, mais je ne dispose pas de moyens suffisant pour prendre le risque d'investir (car le risque serait de ne pas être rentable).

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